Comprendre l’origine et la signification de la croix des templiers

La croix des templiers occupe une place singulière dans l’imaginaire collectif : à la fois emblème martial et signe religieux, elle circule entre manuscrits, pierres tombales et bannières de bataille. Apparue nettement dans les sources au XIIe siècle, cette croix rouge — souvent appelée croix de vermeille ou croix du Temple — a servi de marque d’appartenance pour les combattants de l’ordre des templiers, mais son histoire est loin d’être linéaire. Entre adaptations locales, usages hiérarchiques et récupérations modernes, la signification de cet emblème se lit à la croisée de la histoire médiévale, de la liturgie et de la politique.

  • En bref :
  • Apparition notable de la croix des templiers au milieu du XIIe siècle, avec une adoption formelle autour de 1147.
  • Variantes nombreuses : croix pattée, croix échancrée, croix cerclée — la forme dépend du lieu, du rôle et du contexte rituel.
  • Couleur rouge = symbolisme du sang et du sacrifice ; le cercle évoque le drapeau de bataille ou la protection.
  • De l’archéologie aux vitraux, les témoignages matériels nécessitent une lecture prudente : contexte et datation sont essentiels.
  • Aujourd’hui, la croix des templiers se trouve à la croisée de l’histoire académique et des mythes populaires ; il faut distinguer preuve et légende.
  • À savoir avant d’y aller (pour qui souhaite enquêter sur le terrain) :
  • Lieu précis : Temple Church (Londres), cathédrale d’Elgin (Écosse), églises templières en Bourgogne, vestiges à Malte.
  • Durée : prévoir une demi-journée à plusieurs jours selon l’itinéraire d’étude et l’accès aux archives.
  • Accès : la plupart des sites se visitent en voiture ; certains musées exigent réservation pour la consultation d’objets.
  • Meilleure période : saisons clémentes pour fouiller les cathédrales et visiter les sites extérieurs ; vérifier les horaires des archives.
  • Budget : entrées musées et déplacements; les consultations d’archives peuvent entraîner des frais.
  • Limite : les vestiges sont souvent fragmentaires ; toute interprétation nécessite croisement des sources (textes, archéologie, iconographie).

Origine historique de la croix des templiers : chroniques, dates et contexte des croisades

La question de l’origine de la croix des templiers se pose d’abord comme une enquête sur les usages graphiques et liturgiques au XIIe siècle. L’ordre des templiers, fondé au début du XIIe siècle pour protéger les pèlerins en Terre sainte, adopte progressivement des signes visibles : mantelets blancs, sceaux, et, à partir de la décennie 1140–1150, une croix rouge qui va devenir sa marque la plus reconnaissable.

Les sources manuscrites et les chroniques contemporaines évoquent une adoption formelle autour de 1147. Ce moment coïncide avec des campagnes et des conciles où l’image de l’ordre se structure : le pape Innocent II et les rois d’Europe interviennent, et l’uniformisation de l’emblème s’impose comme un moyen d’affirmer l’identité collective. Les chroniqueurs médiévaux nomment parfois la croix sans préciser sa teinte, mais les mentions de « croix de gueules » / « croix de vermeille » restent récurrentes, ce qui confirme la couleur rouge dans l’imaginaire de l’époque.

Sur le terrain, l’historien fictif qui tient le fil narratif – Claire, conservatrice d’une collection régionale — se heurte aux limitations habituelles : lacunes documentaires, pratiques locales divergentes et modifications postérieures des monuments. Par exemple, une pierre tumulaire retrouvée dans une abbaye en Bourgogne montre une croix à bras égaux, mais la patine et les réparations contemporaines rendent difficile une datation précise sans étude stratigraphique et comparaison avec des sceaux conservés à la Bibliothèque nationale de France.

Il est utile de relier ces éléments aux enjeux des croisades : l’histoire médiévale des Templiers est indissociable de leur rôle militaire et économique. L’adoption d’un emblème clair et visible sur les bannières et mantelets permettait d’identifier les contingents sur le champ de bataille et d’affirmer la légitimité spirituelle de l’ordre. À la manière d’une marque collective, la croix des templiers jouait un rôle pratique (cohésion, commandement) et symbolique (sacralisation de la lutte).

Pour comprendre l’origine, il faut aussi lire les textes juridiques et les chartes : certains statuts internes précisent les insignes autorisés selon les grades. Les différences observées entre sceaux et représentations sculptées montrent que l’usage n’a jamais été complètement uniforme. Entre 1147 et la dissolution de l’ordre au début du XIVe siècle, la croix évolue, se diversifie et se sédimente dans la mémoire collective.

En s’appuyant sur les chroniques, la documentation papale et les vestiges matériels, il est possible de retracer une genèse plausible : un signe adopté progressivement pour marquer l’appartenance au groupe et sacraliser la mission, consolidé par des usages liturgiques et militaires.

Insight : la naissance de la croix des templiers est moins un événement unique qu’un processus d’appropriation visuelle construit entre 1140 et 1160, au cœur des croisades.

Formes et géométrie de la croix templière : pattée, échancrée et croix cerclée

La géométrie de la croix des templiers suscite de longs débats parmi les spécialistes. L’idée répandue d’une croix unique et immuable est contredite par la réalité observée sur le terrain : croix pattée, croix échancrée, variations cerclées… chaque version répond à un contexte graphique, liturgique ou régional. Le terme technique de croix pattée désigne une forme aux bras égaux s’évasant en pointe, rappelant une « patte ». Certaines croix médiévales découvertes dans des églises templières présentent toutefois des échancrures ou des variantes qui s’apparentent plus à des stylisations locales.

Un corpus d’exemples concrets aide à saisir la diversité : la Temple Church à Londres conserve des vitrines et vitraux où la croix, représentée sur des mantelets et des sceaux, tient d’une pattée stylisée. À la cathédrale d’Elgin en Écosse, une croix cerclée apparaît sur une pierre tombale — un cercle entourant la croix modifie la lecture en lui donnant un aspect d’étendard ou de médaille. À Philae (Égypte), des marques associées aux Templiers rappellent l’adoption d’éléments iconographiques locaux, assimilant la croix à d’autres motifs circulaires antiques.

Les études comparatives montrent que la variabilité correspond souvent à des choix techniques : sculpture sur pierre, peinture sur textile ou gravure sur métal exigent des adaptations. Par exemple, une croix pattée, facile à broder sur un manteau, peut devenir plus anguleuse et échancrée lorsqu’elle est sculptée sur un portail. Les différences sont aussi temporelles : au fil des deux cents années d’existence institutionnelle de l’ordre, des variantes se diffusent et se stabilisent localement.

Sur le plan méthodologique, Claire, conservatrice, recommande de croiser la forme graphique avec la datation stratigraphique, l’étude des pigments (quand il y en a) et l’analyse des sources écrites. Une croix rouge peinte sur un bandeau de tissu peut n’être qu’une remise en scène tardive d’une iconographie antérieure; à l’inverse, des sceaux administratifs portent des graphies souvent plus fiables pour dater une typologie.

Un point à retenir : la présence d’un cercle autour de la croix, parfois appelé « croix cerclée » ou « baussant », transforme le symbole en étendard. Sur les champs de bataille des croisades, une bannière cerclée se repérait autrement ; elle pouvait aussi servir d’élément héraldique pour les chapelles templières. Les études récentes (archéométrie, imagerie multispectrale) ont révélé des retouches postérieures sur plusieurs monuments, expliquant des apparences contradictoires.

Enfin, la persistance de plusieurs formes n’affaiblit pas l’identité du signe : au contraire, elle révèle une capacité d’adaptation. L’important pour l’ordre des templiers était la reconnaissance visuelle collective, non l’orthodoxie géométrique.

Insight : la croix templière n’est pas une figure figée mais un système visuel adaptable, façonné par les techniques, les lieux et les usages militaires.

Couleur, symbolisme et signification : pourquoi le rouge ?

La couleur rouge associée à la croix des templiers n’est pas un simple choix esthétique : elle véhicule une série de significations religieuses et militaires. Le rouge évoque d’abord le sang du Christ, image centrale de la spiritualité chevaleresque médiévale. Porter une croix de gueules sur un mantelet blanc signifiait afficher publiquement le sacrifice et la disponibilité à mourir « pour la foi ». Ce contraste blanc-rouge — manteau immaculé et emblème vermeil — a produit une iconographie puissante et immédiatement lisible sur les champs de bataille des croisades.

Au-delà du symbolisme christologique, la couleur rouge portait des résonances pratiques : visibilité sur le champ de bataille, distinction entre compagnies et unité de groupe. Le drapeau ou le baussant cerclé d’une croix rouge servait à identifier la cohorte templière parmi d’autres bannières chrétiennes et à organiser les mouvements tactiques.

Le symbolisme fonctionne aussi à plusieurs niveaux. Les rédacteurs médiévaux et les statuts internes de l’ordre des templiers montrent que certains signes étaient employés selon la hiérarchie ; le rouge pouvait varier en intensité et en nuance selon la fonction (sceau, bannière, ornement funéraire). D’autres croix — la tau, la patriarcale, la croix des huit béatitudes — ajoutent des couches de sens et complètent la gamme symbolique ; chacune renseigne sur un usage rituel, initiatique ou territorial.

Pour illustrer, une anecdote transmise par des registres locaux rapporte qu’un chef templier fit hisser un étendard rouge cerclé lors d’une manœuvre près d’Acre : la couleur permit aux alliés de repérer la position de la troupe dans la fumée et la poussière. Ce genre d’usage concret renforce l’idée d’une couleur choisie pour sa visibilité et sa charge symbolique.

Le cercle entourant parfois la croix intensifie l’idée de protection et d’unité. Un cercle symbolise la totalité, la perfection, et la sauvegarde ; combiné à la croix, il peut signifier une forme de « sanctification » de la mission militaire. Les représentations funéraires où la croix est insérée dans un cercle peuvent traduire l’appartenance ultime au corps de l’ordre, une marque d’identité au-delà de la mort.

Il est important de rappeler les limites de l’interprétation : certaines restitutions colorées modernes (reconstitutions, films) prennent des libertés. Les pigments disponibles au Moyen Âge varient aussi, et ils subissent l’altération du temps. La preuve la plus sûre demeure la combinaison des sources écrites contemporaines et des analyses matérielles (pigments, fibres, métal). Des examens récents ont confirmé la présence de minéraux rouges sur des fragments textiles ou peints attribués à des ateliers templiers, corroborant les mentions des chroniqueurs.

Insight : la teinte rouge de la croix templière est un choix à la fois spirituel et pragmatique — un emblème visible et chargé de sens religieux qui affirmé la mission des chevaliers en Terre sainte.

Variantes régionales et usages hiérarchiques de la croix au sein de l’ordre des templiers

La diffusion géographique de l’ordre des templiers explique en partie la diversité des croix observées : le Portugal, l’Espagne, l’Écosse, la Palestine et la France ne partageaient pas les mêmes traditions graphiques ni les mêmes influences locales. Certaines formes se concentrent dans des zones précises : la croix pattée est documentée fréquemment au Portugal, la croix grecque apparaît souvent en Castille, tandis que d’autres types — la croix des « huit béatitudes » — surgissent dans des milieux précis comme l’Écosse.

Au niveau hiérarchique, les fonctions au sein de l’ordre (chevalier, sergent, commandeur) se distinguaient parfois par des variations d’armoiries ou d’ornements. Des sceaux montrent des croix multiplées ou superposées : une croix patriarcale, par exemple, pouvait apparaître sur certains sceaux liés à la direction spirituelle ou aux possessions orientales de l’ordre. Les statuts internes, lorsqu’ils sont explicites, définissent des procédés de marquage ; d’autres cas proviennent d’usages locaux non codifiés.

Une scène reconstituée par une troupe d’histoire vivante (Troupe de Reconstitution, photo documentée) illustre bien la multiplicité : les mantelets exposés en démonstration présentent des variantes de croix selon l’origine supposée des reconstituteurs — un vecteur pédagogique mais aussi révélateur des traditions régionales. Claire note que ces divergences indiquent une plasticité organisationnelle, non un chaos visuel : l’identité templière se lit dans un faisceau de signes plutôt que dans un modèle strict.

Les exemples concrets abondent : les marges des chartes ibériques peuvent porter des croix grecques rouges sur des sceaux castillans ; en Galice et León, la croix tau trouve un écho dans des pratiques locales liées à des pèlerinages mariaux ; en Jérusalem, des croix patriarcales apparaissent associées aux lieux saints. Ces répartitions ont plusieurs causes : interactions avec les familles nobles locales, appropriation de symboles déjà présents dans la région, adaptation aux formes artistiques dominantes.

Pour le chercheur, la règle est simple : croiser localisation, type d’objet (sceau, vitrail, stèle), datation et fonction. Une croix pattée sur un bouclier découvert chez un commandeur portugais témoigne d’un usage militaire précis ; une croix tau dans une chapelle peut suggérer un usage plus rituel ou ésotérique.

Insight : la diversité des croix au sein de l’ordre des templiers reflète une stratégie d’intégration régionale et une richesse symbolique qui dépasse toute uniformité stricte.

Témoignages matériels et sites à voir : archives, églises et musées (infos pratiques)

Étudier la croix des templiers passe par l’observation directe des artefacts : vitraux, pierres tombales, sceaux, manuscrits et textiles. Les collections publiques et les sites historiques conservent de nombreux indices, souvent remaniés. Voici un tableau synthétique pour organiser une visite d’enquête et localiser les principaux témoignages.

Information Détail
Adresse / point de départ Temple Church (Londres), Cathédrale d’Elgin (Écosse), églises templières en Bourgogne (communes selon archives), musées nationaux (collection médiévale)
Accès voiture La plupart des sites accessibles en voiture ; parkings publics à proximité des cathédrales; prévoir zones piétonnes en centre-ville
Accès sans voiture Gares principales pour Londres/Écosse ; déplacements locaux via bus; certaines campagnes difficiles sans véhicule
Durée de visite / parcours Visite ponctuelle 1–3 heures par site ; cursus d’étude 2–5 jours selon accès aux archives
Budget estimé Entrées 0–15 € selon site, consultations d’archives 10–50 € ; déplacements et hébergement en sus
Meilleure période Avril–octobre pour sites extérieurs ; vérifier horaires d’archives toute l’année
À éviter Périodes de forte affluence touristique en juillet-août; jours fériés pour archives; sites ruraux sans ravitaillement

Pour approfondir, il est recommandé de consulter des institutions fiables : l’iconographie papale et les bulles sont consultables via le site du Vatican ; les cartes et repères topographiques sur l’implantation des commanderies se trouvent sur IGN. Les collections numérisées de la BnF offrent des manuscrits utiles pour comparer représentations et descriptions contemporaines.

Sur le terrain, la consultation d’archives locales peut révéler des inventaires de biens templiers — listes de bannières, inventaires d’ornements liturgiques, actes de donation mentionnant « croix de gueules ». Ces textes, souvent dispersés, demandent patience et méthode. Claire illustre le processus : en consultant un registre de 1290, elle retrouve une mention d’un mantelet bordé d’une croix d’une « forme large » — un indice précieux pour rapprocher texte et objet.

Reconstitutions et vitrines muséales offrent des compléments pédagogiques, mais attention aux anachronismes : les objets exposés peuvent comporter des restaurations modernes. Une vérification avec le conservateur et un examen scientifique (datation par spectrométrie, analyses pigmentaires) sont indispensables pour valider une hypothèse.

Pour les chercheurs amateurs souhaitant se rendre sur place, quelques recommandations pratiques :

  • Prendre rendez-vous pour consulter des fonds d’archives ; certains documents ne sont pas numérisés.
  • Se munir d’un carnet de terrain et d’appareils photo (avec respect des règles du site) pour documenter in situ.
  • Prévoir des copies des sources primaires pour comparaison ultérieure en laboratoire ou à la bibliothèque.

En complément, une vidéo documentaire propose une synthèse visuelle des principaux sites templiers :

Insight : l’enquête matérielle exige préparation, recoupements et prudence : toute observation isolée reste fragile sans mise en perspective archivistique et scientifique.

Les croix templières dans la culture populaire et l’ésotérisme : mythes, récupérations et réalité

La résonance moderne de la croix des templiers dépasse largement son usage médiéval. À partir du XIXe siècle, un regain d’intérêt romantique et nationaliste transforme les symboles templiers en motifs culturels : littérature, romans historiques, romans policiers et films explorent cette imagerie. Cette réception moderne a parfois produit des lectures ésotériques et des interprétations fantaisistes, plaçant la croix dans des récits secrets, trésors et sociétés initiatiques.

Plusieurs causes expliquent cette appropriation : la disparition dramatique de l’ordre des templiers en 1307–1312, la dimension sacrée et guerrière du groupe, et la lacune documentaire qui invite les spéculations. Des auteurs ont réinterprété les croix et leur symbolique comme des repères d’un savoir caché. Certaines variantes, comme la croix des huit béatitudes, ont été assimilées à des clés cryptographiques imaginaires, bien que l’usage réel relève davantage de rituels internes et d’emblèmes liturgiques.

Depuis le milieu du XXe siècle, des mouvements néo-templiers et des sociétés ésotériques revendiquent l’héritage iconographique. Leur usage public de la croix contribue à la confusion entre l’histoire vérifiable et la mise en scène contemporaine. Les reconstitutions historiques, quant à elles, participent à la pédagogie mais nécessitent une vigilance critique : la matérialité (tissus, pigments) et les interprétations modernes peuvent altérer l’image originelle.

Sur un plan culturel, la croix templière reste attractive : elle sert d’ornement dans la bijouterie, la mode et les logos. Dans les musées, elle attire un large public avide de récits médiévaux. La responsabilité des médiateurs est de distinguer entre savoir vérifiable et fiction créative.

Une ressource utile pour replacer les mythes dans le réel est la consultation de travaux académiques récents et d’expositions scientifiques. Les approches interdisciplinaires — histoire, archéologie, philologie — restituent une image nuancée des usages et des évolutions symboliques. En 2026, plusieurs colloques européens ont encore souligné la nécessité d’écarter les lectures conspirationnistes au profit d’analyses contextualisées.

Pour le visiteur ou le lecteur curieux, la règle de prudence s’applique : apprécier l’imaginaire tout en cherchant les preuves matérielles et textuelles. Les œuvres de fiction peuvent inspirer, mais l’historien doit séparer la mise en scène de la preuve.

Insight : la croix templière, aujourd’hui récupérée par l’imaginaire, réclame une lecture critique qui distingue héritage historique et construction moderne.

Significations spécifiques : tau, patriarcale, grecque et la croix des huit béatitudes

Outre la croix pattée, l’ordre des templiers a employé une palette de signes : la croix patriarcale, la croix tau, la croix grecque et la plus énigmatique croix des huit béatitudes. Comprendre ces variantes permet de lire des fonctions particulières : rituelles, cryptographiques ou territoriales.

La croix patriarcale (double traverse) apparaît dans les contextes orientaux et sur certains sceaux associés à Jérusalem. Elle renvoie à des usages liturgiques et à la hiérarchie ecclésiastique. La croix tau, associée à des connotations ésotériques chez certains auteurs, semble plutôt liée à des usages rituels particuliers et à des lieux de culte voués à la Vierge; son emploi en Galice et León signale des interactions entre traditions locales et templières.

La croix grecque, à bras égaux, est fréquente sur des stèles et des sceaux en Castille. Sa sobriété graphique la rend adaptée à la gravure et à l’empreinte sur métal. Enfin, la croix des huit béatitudes est fascinante : composée d’un motif octogonal à huit pointes, elle aurait servi comme schéma symbolique pour des alphabets codés et des tracés d’architecture (chapelles octogonales). Les sources indiquent que chacune des pointes correspondait à un aspect moral ou spirituel — un système de mémoire et d’enseignement parmi certains cercles templiers.

Ces formes multiples répondent à des fonctions concrètes : identification, codification rituel, localisation territoriale ou lecture initiatique. Les chercheurs doivent se méfier des interprétations univoques : une croix tau trouvée dans une chapelle ne prouve pas l’existence d’un culte secret; elle signale plutôt une héritage liturgique local et une appropriation symbolique.

Insight : la diversité des croix utilisées par les Templiers révèle une culture symbolique riche, articulée autour de fonctions pratico-rituelles et d’une adaptation aux contextes locaux.

Comment lire une croix templière aujourd’hui : méthode pratique pour chercheurs et curieux

Interpréter une croix des templiers nécessite méthode et recul. Voici une démarche opérationnelle recommandée :

  • Étape 1 — Contexte : localiser l’objet (quel site, quelle époque, quel matériau). Le contexte archéologique conditionne l’interprétation.
  • Étape 2 — Typologie : comparer la forme (pattée, tau, grecque, cerclée) avec des corpus établis.
  • Étape 3 — Datation : privilégier les documents contemporains, les sceaux et les analyses matérielles (pigments, strates).
  • Étape 4 — Fonction : évaluer s’il s’agit d’un objet liturgique, funéraire, militaire ou administratif.
  • Étape 5 — Croisement : confronter l’objet à des textes (inventaires, chartes, chronique) et à d’autres témoins matériels.

Des erreurs fréquentes surviennent lorsque l’on interprète sans ces étapes. Par exemple, attribuer un objet au XIIe siècle simplement parce qu’il porte une croix pattée ignore le recyclage fréquent de matériaux et les restaurations postérieures. De même, confondre usage rituelle et ésotérique mène à des récits non vérifiables.

Pour approfondir, il est conseillé de solliciter des laboratoires ou des services de conservation pour des analyses scientifiques et de consulter les bases de données des musées. Des ressources en ligne — inventaires départementaux, numérisations de manuscrits — complètent l’approche. Des liens internes utiles : analyse de l’ordre du Temple, guide Temple Church, itinéraire templier en Bourgogne.

Enfin, pour qui souhaite explorer sans prétention savante, une pratique éclairée consiste à documenter soigneusement chaque observation, à numériser les sources trouvées et à comparer avec la littérature scientifique. Le dialogue avec des conservateurs et des historiens locaux enrichit la lecture et évite les raccourcis.

Insight : lire une croix templière demande méthode, prudence et croisement des preuves : c’est un travail de recoupe, pas d’intuition seule.

Prêt à enquêter : vérifications finales, erreurs à éviter et ressources pour aller plus loin

Avant de partir sur le terrain ou d’ouvrir des archives, retenir trois points essentiels : 1) vérifier le contexte archéologique ; 2) croiser sources matérielles et écrites ; 3) éviter les lectures anachroniques. Ces précautions limitent les interprétations hasardeuses et favorisent un travail fiable.

Erreurs à éviter :

  • Prendre une reconstitution moderne pour une preuve : conséquence = fausse datation. Solution = solliciter le conservateur.
  • Confondre symbole liturgique et code ésotérique : conséquence = récit non vérifiable. Solution = croiser avec les usages documentés.
  • Omettre la variabilité régionale : conséquence = généralisation abusive. Solution = comparer cartes et archives locales (IGN, inventaires départementaux).

Alternatives et plans B :

  • Si un site est fermé, consulter les catalogues numérisés de la BnF ou demander des reproductions d’archives.
  • Si la météo empêche le travail sur site, privilégier la lecture de sources primaires et contacter des conservateurs pour des visites guidées.
  • En cas d’affluence touristique, opter pour des visites matinales ou des consultations en semaine.

Ressources recommandées :

  • Bases de la BnF pour manuscrits médiévaux.
  • Services d’archives départementales pour inventaires locaux.
  • IGN pour cartographie des commanderies.

Pour prolonger l’enquête, une deuxième vidéo offre une plongée dans l’iconographie templière :

Enfin, un appel chaleureux à partager découvertes et images : photographies, relevés et hypothèses enrichissent la communauté des chercheurs amateurs et professionnels. L’échange critique, soutenu par des sources vérifiables, fait avancer la compréhension collective de cet emblème fascinant.

Insight : partir avec méthode, sources et prudence transforme une promenade historique en véritable enquête fructueuse.

Peut-on dater une croix templière par sa forme seule ?

Non. La forme donne des indices mais la datation exige le croisement avec le contexte archéologique, les sceaux et des analyses matérielles (pigments, stratigraphie).

Y a-t-il du réseau sur les sites templiers ruraux pour consulter des archives en ligne ?

Souvent le réseau est faible en zones rurales ; il est prudent de télécharger les documents nécessaires avant le déplacement et de vérifier les horaires d’ouverture des archives.

Quelle est la meilleure période pour visiter les sites conservant des croix templières ?

Avril à octobre pour les visites extérieures ; pour les archives et musées, consulter les périodes d’ouverture et éviter les jours fériés et la haute saison touristique pour accéder plus sereinement aux collections.

La croix templière est-elle utilisée par des groupes contemporains ?

Oui, des mouvements néo-templiers et des usages symboliques modernes existent, mais ils relèvent souvent de pratiques identitaires ou ésotériques contemporaines, distinctes de l’histoire médiévale.

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